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LE FLAMENCO

Les origines

iconePREAMBULE :

Qui peut prétendre résumer le flamenco ?

C’est avec une grande humilité que j’ai entrepris, au fil de ces quelques pages, de proposer une approche volontairement simplifiée de ce terme. Dès lors que l’on s’y engage, on se trouve entraîné dans un processus complexe et sans fin. Plus les lectures se multiplient, plus l’écoute des cantes s’approfondit, plus le chemin apparaît sinueux, se ramifiant continuellement, donnant le sentiment d’une progression incertaine, comme sur un tapis roulant en roue libre.

Je me suis appuyé sur un ensemble d’ouvrages, mentionnés dans la section « Bibliographie – Glossaire », afin d’enrichir mes connaissances sur cet art, mais également de réactualiser mes repères relatifs à l’histoire de la péninsule Ibérique, et plus particulièrement à celle de l’Andalousie.

Les racines du cante flamenco s’inscrivent dans l’histoire profonde de l’Andalousie.

Nourri d’apports extérieurs constants, c’est à travers les mythes de Tartesse et au fil des invasions, des peuplements successifs et de la coexistence des cultures mauresque, juive et chrétienne, que le flamenco trouve sa reconnaissance historique officielle au cours du 18eme siècle.

De nombreux travaux et publications ont été consacrés à l’étude de sa structure littéraire, à l’origine de ses chants ainsi qu’à l’analyse de ses structures musicales.

iconeLE BERCEAU :

Carrefour majeur de civilisations, l’Andalousie a été profondément marquée par la rencontre et le choc des cultures orientales et occidentales. Les influences orientales y furent introduites successivement par les Phéniciens, les Byzantins, les Arabes, les Berbères et les communautés juives, tandis que l’héritage occidental s’est constitué principalement à travers la présence des Romains, des Wisigoths et, après la Reconquête, des Castillans.

Cadix fut fondée par les Phéniciens vers 1200 avant J.-C. sous le nom de Gadir ou Gades. L’identité des populations autochtones demeure encore aujourd’hui mal définie : s’agissait-il des Tartessiens ou des Ibères ? Le fleuve Guadalquivir portait alors le nom de Tarsis, et il semble que le peuple tartessien occupait l’ensemble de l’ouest de l’actuelle Andalousie.

Les Ibères, quant à eux, étaient installés dans l’est de la péninsule Ibérique. Le déclin de Tartesse facilita l’invasion carthaginoise, rapidement contenue par Rome. Le territoire devint alors la province romaine de la Bétique, qui donna à l’Empire plusieurs figures illustres, parmi lesquelles Sénèque, Trajan et Hadrien.

À titre anecdotique, une petite ville située sur les rives du fleuve prit le nom de l’empereur qu’elle donna à Rome : Trajan. Ce nom évolua progressivement en Trajana, puis en Triana.

L'Andalousie absorbera sans résistance la culture romaine. Le culte de Mithra, introduit par les soldats romains, pourrait être à l'origine de la tauromachie

Le 3eme siècle fut marqué par les incursions des Francs et des Alamans, tandis que le 4eme siècle connut une relative stabilité sous le règne de Constantin Ier. Les grandes invasions reprirent à la fin du 4eme siècle avec l’arrivée des Vandales et des Wisigoths. Ces derniers, après avoir évincé les Vandales, s’installèrent durablement pour près de deux siècles. Ils introduisirent certains éléments de leur civilisation d’origine celtique, au sein de laquelle apparaissaient déjà les prémices d’une religion monothéiste : le christianisme.

Au 6eme siècle, une grave crise religieuse éclata à la suite d’une législation gothique interdisant les mariages mixtes entre Wisigoths et Hispano-Romains, rompant ainsi un équilibre social fragile. L’unification du peuple hispano-gothique s’acheva au VII? siècle afin de faire face à une nouvelle menace extérieure.

Le christianisme, toutefois, se maintint et demeura un acteur central de la résistance face à la domination islamique.

L’émergence de l’islam allait faire entrer l’Andalousie dans une nouvelle ère, rythmée pendant près de huit siècles par le calendrier de l’Hégire. L’histoire de la future Al-Andalus débute en 711 avec le débarquement de Tariq ibn Ziyad, probablement aux abords de Gibraltar, dont le nom dérive de Djebel Tariq. En l’espace de sept années, la péninsule Ibérique fut conquise et intégrée à la province musulmane d’Al-Andalus.

Le nom de grand fleuve ' Oued el Quivir' sera hispanisé pour plus tard se transformer en Guadalquivir.

C'est au carrefour de deux civilisations, orientale et occidentale que l'Emir va établir sa métropole. Abd-el Rahman I s'installe à Cordoba ou il devient la première autorité omeyyade. Cordoba devient la capitale de l'islam d'occident.

En 929, Abd al-Rahman III proclama le califat, conférant à ses territoires musulmans une pleine autonomie politique et religieuse.

Entre 1008 et 1031, une longue guerre civile provoqua l’effondrement du califat omeyyade, passé sous l’influence de l’hajib Al-Mansour. Cette désintégration conduisit à l’émergence des royaumes de taïfas. À deux reprises menacé par les avancées chrétiennes venues du Nord, l’islam andalou retrouva une certaine cohésion grâce à l’intervention de deux dynasties berbères : les Almoravides en 1086, puis les Almohades en 1172.

alhambra

Grenade, gouvernée successivement par les Almoravides puis les Almohades, demeura le dernier bastion musulman de la péninsule Ibérique. Sa chute en 1492 mit un terme définitif à la présence politique musulmane. L’exil à Fès de Boabdil, dernier roi de Grenade, s’est inscrit durablement dans l’imaginaire collectif, porteur d’une forte charge symbolique et nostalgique.

Grenade, gouvernée successivement par les Almoravides puis les Almohades, demeura le dernier bastion musulman de la péninsule Ibérique. Sa chute en 1492 mit un terme définitif à la présence politique musulmane. L’exil à Fès de Boabdil, dernier roi de Grenade, s’est inscrit durablement dans l’imaginaire collectif, porteur d’une forte charge symbolique et nostalgique.

Enfin, lorsque l’on évoque l’Andalousie, la musique s’impose souvent comme une référence immédiate. Le flamenco apparaît ainsi comme l’expression synthétique de la mémoire collective des peuples et des cultures qui se sont succédé sur ce territoire.

Quand on prononce le mot Andalousie, c'est souvent musique qui vient tout de suite à l'esprit.
Le flamenco est en fait la synthèse de la mémoire collective des peuples qui se sont installés dans cette région.

iconeNAISSANCE D'UN ART :

LES GITANS :

Les Tsiganes, également désignés sous les appellations de Romani, Roms, Bohémiens ou encore Romanichels, constituent un peuple indo-européen d’origine indienne. Les recherches historiques et linguistiques situent leur origine au sein des Kshatriyas, caste guerrière du nord de l’Inde, dont des groupes auraient migré vers l’ouest pour atteindre la Grèce dès le 9eme siècle. À partir du 13eme siècle, des populations Rajputs les rejoignent. De cette convergence naît la Romani Cel, ou peuple tsigane, appellation à l’origine du terme « Romanichels ». Les Tsiganes se désignent eux-mêmes sous le nom de Romané Chavé, signifiant « fils de Ram », héros de l’épopée indienne du Ramayana..

carte des migration Rom la gitanilla de Dirck Hals

Le romani, langue ancestrale encore parlée par environ 1,5 million de locuteurs, est principalement présent en Bosnie-Herzégovine, Roumanie, Pologne, Hongrie, Albanie, Grèce, Slovaquie, Ukraine, Portugal, Espagne, Norvège, Suède, France, Pays-Bas, Italie, Allemagne et Grande-Bretagne. Cette langue constitue l’unique représentante européenne du groupe indo-iranien au sein de la famille indo-européenne. Elle a conservé une part importante de l’héritage linguistique des langues de l’Inde du Nord, en particulier du hindi et du rajasthani, avec lesquels elle partage plus de la moitié de son vocabulaire fondamental.

Les migrations tsiganes s’échelonnent approximativement du 5eme au 9eme siècle, depuis la vallée de l’Indus en direction de l’Iran. Elles seraient liées à des conditions de vie rendues difficiles par les invasions aryennes, jugées incompatibles avec leur mode de vie. Entre le 9eme et le 10eme siècle, les groupes migratoires se divisent : l’un, vraisemblablement majoritaire, progresse vers le nord-ouest à travers l’Arménie, l’Afghanistan, l’Iran et l’Empire byzantin ; l’autre se dirige vers le sud-ouest, en direction de l’Égypte, alors appelée Basse-Égypte. Au cours du X? siècle, ce dernier groupe poursuit sa migration vers la Libye, la Tunisie et le Maroc. Toutefois, aucune source historique ne permet d’attester une entrée des Gitans en Andalousie par cette voie méridionale.

Entre le 10eme siècle et la première moitié du 15eme siècle, le groupe septentrional atteint successivement la Bohême, la Bavière et Paris. Au cours de la seconde moitié du 15eme siècle, ces populations gagnent la Lusitanie, correspondant à une grande partie du Portugal actuel. Des sauf-conduits délivrés par les autorités espagnoles, dont le plus ancien connu date de 1425 et porte la signature d’Alphonse V d’Aragon, attestent de leur passage. Un autre document, daté de 1462, fait état de leur arrivée en Andalousie par Jaén.

Leur dénominations :

les gitans de Jan Grueghel

Le terme Rom constitue la seule appellation que les Tsiganes utilisent pour se désigner eux-mêmes. Il signifie « époux » au masculin singulier ; ses formes féminine (Romni) et plurielle (Roma) sont également employées. Les autres dénominations ont toutes été attribuées par des populations non roms. Dans l’usage courant, le terme Rom désigne plus spécifiquement les Tsiganes d’Europe centrale.

Le mot Tsigane provient du grec athinganos, signifiant « celui qui ne veut ni toucher ni être touché ». Il est utilisé de manière générique pour désigner les Roms, indépendamment de leur pays d’installation.

L’appellation Gitan trouve son origine dans le séjour des Tsiganes en Grèce au 9eme siècle, lorsqu’ils s’installent dans le Péloponnèse, au pied du mont Gype. Les voyageurs italiens nomment cette région « la Petite Égypte » et appellent ses habitants Egyptiano. De ce terme dérivent Gitano en Espagne et au Portugal, Gitan en France et Gypsy en Grande-Bretagne. En France, le mot gitan désigne plus spécifiquement les populations tsiganes du Midi, notamment celles vivant aux alentours des Saintes-Maries-de-la-Mer.

Le terme Bohémien renvoie à l’origine géographique des premiers Tsiganes arrivés en France, issus de la Bohême, région correspondant à l’actuelle République tchèque.

Enfin, le mot Manouche, d’origine tsigane, dérive de mnouch, signifiant « homme ». Il est parfois associé, dans la tradition populaire, à la moustache ou à la barbiche portées par de nombreux Gitans. En France, les Manouches sont historiquement implantés le long des rives de la Loire.

LES SEFARADES :

Les Séfarades, ou Sefardi — terme désignant les Juifs originaires d’Espagne — sont présents dans la péninsule ibérique depuis l’Antiquité. Ils constituent l’une des principales communautés de la diaspora juive médiévale. Persécutés sous la domination wisigothique, ils connaissent un épanouissement notable sous le régime omeyyade, marqué par une relative tolérance religieuse. L’arrivée des Almohades et de leur rigorisme religieux, au 12eme siècle, contraint nombre d’entre eux à l’exil vers les royaumes chrétiens. Spécialisés dans le commerce, la finance et la médecine, ils deviennent des partenaires essentiels des rois catholiques, jusqu’à ce que le fanatisme religieux relance un cycle de persécutions et d’exodes.

L'ORIENTALISME ANDALOU :

L’influence de la civilisation gréco-byzantine sur les arts gitano-andalous est aujourd’hui largement admise. Le compositeur Manuel de Falla attribue cette influence à la persistance du culte orthodoxe au sein de l’Église d’Espagne jusqu’à l’introduction, au 11eme siècle, de la liturgie romaine..

LA MUSIQUE :

Ziryab Ziryab est généralement considéré comme l’une des figures fondatrices de la musique européenne médiévale. Musicien d’exception, contraint de quitter Bagdad, il arrive en Al-Andalus en 822. Durant trente-cinq années, son génie contribue de manière décisive à l’essor et à la structuration de la musique andalouse.

Compositeur prolifique, il est crédité de la création de près d’un millier de mélodies diffusées en Andalousie et dans l’ensemble du bassin méditerranéen.
En tant que chanteur, il met en place des techniques vocales toujours présentes dans le flamenco : l’attaque vocale par une voyelle prolongée (« Aaaa… »),
la position assise du chanteur et le travail abdominal de la voix.
Technicien, il codifie les chants en réduisant la part de l’improvisation.
Pédagogue, il développe l’apprentissage du chant par l’usage systématique des vocalises.
Instrumentiste enfin, il modifie les instruments à cordes, notamment en ajoutant une cinquième corde au oud.

Son œuvre exerce une influence durable sur la musique andalouse et sur les techniques musicales ultérieures

LE CHANT :

Si la contribution des Gitans à la genèse du flamenco est indéniable, ils ne sauraient être considérés comme ses uniques créateurs. Aucune trace de cette forme musicale n’a été identifiée le long des routes migratoires menant à l’Espagne. Le flamenco apparaît ainsi comme le produit d’une cohabitation culturelle entre populations gitanes et andalouses, dans des zones géographiques limitées de l’Andalousie.

cantaor

Les premières formes de chant identifiables remontent au 15eme siècle avec les romances, apparentées aux chansons de geste. Progressivement délaissées dans le reste de l’Espagne, elles sont conservées en Andalousie sous forme de chants transmis oralement à partir du 18eme siècle. Les romances ou corridos sont attestées par des sources écrites dès 1847..

Les fondements du cante flamenco se dessinent au 18eme siècle, mais son évolution s’étend sur plusieurs siècles. Contrairement à son apparente ancienneté, le flamenco n’a qu’environ deux siècles d’existence documentée, les premières décennies demeurant très peu connues.

Le premier interprète de toñas identifié est Tío Luis el de la Juliana. Le titre honorifique Tío, employé au sein de la communauté gitane, suggère que les premiers chanteurs connus étaient majoritairement gitans. Les payos, ou non-gitans, ne s’approprient le flamenco comme mode d’expression qu’à partir de la seconde moitié du 19eme siècle.

Les chants flamencos expriment la mémoire collective et l’expérience d’un peuple marqué par la souffrance, la marginalisation et les privations. Ils sont également influencés par le courant romantique qui traverse l’Europe au 19eme siècle. Les formes de chant non accompagnées donnent naissance au cante jondo, tandis que la guitare reste cantonnée à l’accompagnement des chants dits mineurs.

La reconnaissance du flamenco par les intellectuels européens voyageant en Andalousie contribue à transformer l’image du Gitan, longtemps réduit à celle du vagabond. Tout au long du 19eme siècle, le flamenco se diffuse grâce à des interprètes renommés et à l’intérêt manifesté par de grands écrivains tels que George Sand, Gérard de Nerval, Théophile Gautier ou Charles Baudelaire. Jusqu’à la fin du siècle, cet art évolue principalement dans un cadre familial et communautaire. La création des cafés chantants marque une rupture majeure : si elle permet une diffusion élargie du flamenco, elle entraîne également une forme de standardisation et, selon certains auteurs, une décadence partielle de cet art.

LES CAFES CHANTANTS :

C'est au milieu du XIXeme siècle que manuel torrele flamenco connaît une mutation décisive. Jusqu’alors, les cantaors les plus renommés ne vivent pas de leur art et exercent parallèlement une activité professionnelle, notamment comme forgerons, ouvriers agricoles, manœuvres ou encore péons dans les corridas.antonio chacon

Selon la tradition, c’est Silverio Franconnetti qui, de retour d’Amérique latine, est à l’origine de la création du « café chantant ». Ce nouveau type d’établissement se présente comme un espace organisé pour le spectacle : une salle équipée de tables et de chaises, un plancher surélevé afin de valoriser la sonorité des zapateados, un bar, ainsi qu’un ensemble d’artistes composé de chanteurs, de guitaristes et de danseuses — les danseurs étant encore peu présents à cette époque. À cela s’ajoute la présence d’une « claque », dont les palmas et les interjections contribuent à dynamiser la représentation.

Ce dispositif inaugure une transformation majeure : le flamenco devient un spectacle payant, accessible à un public qui assiste à des performances artistiques après s’être acquitté d’un droit d’entrée. Cette évolution marque l’émergence d’une économie du flamenco. Toutefois, la mise en place des « cafés chantants » s’avère progressive et contrastée, ces lieux accueillant des prestations d’une qualité très inégale.

Les cantaores les plus prestigieux s’y produisent, parmi lesquels le gitan Manuel Torre et le payo Antonio Chacón. Dans ce nouveau contexte, les artistes acquièrent un statut de salariés, parfois attachés à un établissement spécifique. Néanmoins, la marchandisation progressive de cet art contribue, selon certains observateurs, à un processus de dégradation esthétique et expressive.

Aujourd’hui, ces établissements, désormais appelés tablaos flamencos, proposent une offre artistique hétérogène et s’adressent majoritairement à un public international.

Face à ces évolutions, un mouvement de réaction émerge au début du 20eme siècle, dans le but de préserver l’authenticité du flamenco. Sous l’impulsion de certains aficionados, parmi lesquels Manuel de Falla et Federico García Lorca, sont organisés des concours de cante jondo. Ceux-ci visent à promouvoir, conserver et « purifier » cette forme considérée comme la plus profonde et la plus authentique du flamenco, également désignée sous le terme de cante grande. À cette époque, le cante jondo souffre d’une relative incompréhension et d’une dévalorisation, alors même qu’il constitue l’une des expressions les plus précieuses du patrimoine populaire européen.

Ce concours malheureusement n'aura pas eu l'image positive qu'il était sensé amener.
Il ne fit qu'un peu plus de publicité à un art en pleine décadence.

LES ANNEES 50 - AUJOURD'HUI

Les années 1950 constituent une période charnière dans l’évolution du flamenco, marquée par plusieurs événements structurants :
• la publication de l’ouvrage Flamencología d’Anselmo González Climent ;
• la fondation de la Chaire de flamencologie de Jerez ;
• l’édition de la première anthologie discographique du flamenco par le label Hispavox ;
• la mise en place de dispositifs de protection du patrimoine culturel, à travers la création d’associations, de conseils culturels et de congrès spécialisés.
• Protection du patrimoine culturel avec la création d'associations, de conseils culturels, de congrès etc.

Au cours des années 1960, deux facteurs jouent un rôle déterminant dans la diffusion du flamenco : le développement de l’industrie discographique et l’essor du tourisme en Espagne. Dans ce contexte, la danse tend à occuper une place prépondérante, en raison de son caractère plus immédiatement accessible pour un public non initié. Parallèlement, la multiplication des tablaos flamencos, héritiers des anciens cafés chantants, favorise une diffusion internationale de cet art.

L’enregistrement sonore constitue également un vecteur essentiel de transmission. Il permet à un large public d’accéder aux interprétations des grands cantaores, contribuant ainsi à la constitution d’une mémoire musicale du flamenco, de Antonio Chacón jusqu’à l’époque contemporaine. L’écoute discographique devient dès lors un mode privilégié d’appropriation et d’appréciation de cet art.

À l’époque actuelle, les festivals jouent un rôle central dans la vitalité du flamenco. Organisés dans de nombreuses villes d’Andalousie — mais également en France, notamment à Mont-de-Marsan, Grenoble et Béziers — ainsi que dans d’autres pays européens et à travers le monde, ils participent à sa diffusion et à l’émergence de nouvelles générations d’artistes.

Le flamenco apparaît ainsi comme un art en constante évolution, ayant su traverser les crises et s’adapter aux transformations culturelles. Il continue de s’enrichir au contact d’influences diverses.

Toutefois, cette évolution s’accompagne de certaines tensions. On observe notamment une tendance chez certains guitaristes à privilégier une approche soliste au détriment de la fonction d’accompagnement, chez certains bailaores à s’orienter vers une esthétique proche du ballet, parfois au détriment de l’expressivité, et, enfin, une évolution du cante vers des formes intégrant de nouveaux instruments ou des dimensions discursives qui peuvent être perçues comme un éloignement de ses formes traditionnelles.

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